Analyse | Tarifs sur l’automobile : comment faire mal aux Américains sans se tirer dans le pied?
Le premier ministre Mark Carney a évité une réplique rapide aux nouveaux droits de douane américains sur le secteur automobile. Il a plutôt convoqué une réunion d’urgence avec ses homologues des provinces et des territoires vendredi. La stratégie canadienne sera dévoilée après la salve de tarifs du 2 avril prochain, ce que Donald Trump appelle le « jour de la libération ». Si certains voudraient une réplique dollar pour dollar, ça semble être de moins en moins être le plan privilégié par le Canada. L’économiste et sénateur Clément Gignac est d'accord : cette stratégie pénaliserait le consommateur canadien. Il est facile de comprendre pourquoi. Les exportations représentent 20 % de la valeur de l’économie canadienne. Cette proportion est de 2 % aux États-Unis. Clément Gignac, sénateur et économiste (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada La stratégie canadienne doit donc être ciblée et faire mal aux Américains, sans se tirer dans le pied. Surtout, le Canada devrait multiplier les appels et se rapprocher de ses alliés, notamment en Europe. L’union fait la force, croit M. Gignac. C’est aussi ce que croit Yan Cimon, professeur titulaire de stratégie à la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval. Yan Cimon, professeur de stratégie à la Faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval à Québec, croit que le Canada doit se tourner vers l'Asie et l'Europe. Photo : Radio-Canada L’autre grande option pour le Canada, qui semblait impensable il y a quelques mois, est de réévaluer sa relation commerciale avec la Chine, notamment au chapitre des véhicules électriques. Lors des derniers mois, en symétrie avec les États-Unis, le Canada avait imposé des droits de douane de 100 % sur les véhicules électriques chinois. Le but était de protéger la chaîne d’approvisionnement nord-américaine. La décision ciblait surtout le premier fabricant mondial, la chinoise BYD, principal concurrent de Tesla. Avec un voisin qui ne respecte plus l'engagement de consolider cette industrie fortement intégrée, certains demandent maintenant au Canada d'ouvrir ses frontières aux véhicules chinois. Un modèle de véhicule BYD lors du Salon de l'auto de Pékin (Photo d'archives) Photo : Associated Press / Ng Han Guan Les relations entre le Canada et la Chine n’ont pas été au beau fixe ces dernières années. La détention des Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor en Chine, l'arrestation de la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, au Canada, le traitement de la minorité ouïgoure… Les deux pays ont souvent été en froid. Mais avec l’arrivée de Donald Trump, certaines voix réclament un réchauffement entre le Canada et la Chine. Une autre option serait celle d’imposer un contre-tarif de 25 % à Tesla, propriété d’Elon Musk, un proche de Donald Trump au sein de son administration. Le président américain Donald Trump et le chef de la direction du constructeur automobile Tesla, Elon Musk (à gauche), devant la Maison-Blanche à Washington, le 11 mars 2025.
Photo : Reuters / Kevin Lamarque Ottawa a déjà Tesla dans son viseur. La ministre des Transports, Chrystia Freeland, a annoncé que le gouvernement fédéral va cesser de verser tout remboursement à Tesla dans le cadre de son programme d’aide à l’achat de véhicules électriques. Pendant la campagne à la chefferie du Parti libéral du Canada, Mme Freeland avait proposé d’imposer des tarifs douaniers de 100 % sur les Tesla. En attendant, ces tarifs imposés sur l’automobile et les droits de douane réciproques vont probablement pousser l’économie canadienne vers la récession. Les dépenses seront anémiques et le déficit devrait augmenter.On devra être plus stratégique. Le danger de faire cela, c’est qu’on va faire plus mal à l’économie canadienne
, a expliqué le ministre du Commerce international, Dominic LeBlanc, en entrevue avec l’animateur Patrice Roy.Si on fait cela, le coût de la vie sera plus élevé au Canada, ça va aggraver une récession
, soutient-il en entrevue à Radio-Canada.
L’union… européenne fait la force
On doit se concerter avec les autres pays producteurs de véhicules. Le Mexique, la Corée du Sud, le Japon, l’Allemagne et la France. Il faut élaborer une stratégie commune
, assure-t-il en entrevue à Zone info avec Gérald Fillion.Il faut augmenter nos relations avec l’Europe, favoriser les échanges, notamment avec l’Allemagne
, assure-t-il.
Se rapprocher de la Chine
On devrait avoir des relations plus étroites avec la Chine. Il faut commencer à y penser. Les Américains doivent comprendre que le Canada peut regarder facilement vers l’Asie et l’Europe, puisqu’on est en libre-échange avec beaucoup de pays de ces deux régions-là
, pense Yan Cimon.Si nos véhicules nous coûtent de 2000 à 5000 $ de plus, on doit regarder cette option. Le monde a changé, on doit tout remettre en question
, renchérit M. Gignac.
Taxer Tesla
Étant donné que Tesla n’assemble pas de véhicules au Canada, ça serait une bonne option. Le marché canadien est petit, mais cela enverrait un signal clair à l’administration Trump
, croit M. Gignac.
Récession en vue
Si les tarifs sont là à long terme, cela aura un impact au niveau du marché du travail. On peut aussi penser que les entreprises étrangères vont y penser à deux fois avant de venir ici
, prédit M. Gignac.Il faut se préparer à des temps difficiles
, dit-il.
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